Shoah (1985) de Claude Lanzmann

Pour décrire un phénomène sans précédent, il fallait un film qui le soit tout autant, du moins c’est ce que semble avoir été le parti pris de Claude Lanzmann quand il se lança dans cette aventure, dans la longue genèse de cet exceptionnel documentaire, diffusé en salles 12 ans après que le ministère israélien des Affaires étrangères lui en fit la commande, soit la durée du régime nazi, drôle de coïncidence, mais l’ironie s’arrête là car la suite n’a absolument rien d’amusant, le spectateur étant vite confronté à une vérité des plus crues, crue parce que décrite dans ses moindres détails.

Lanzmann fit le pari que des témoignages en diraient bien davantage que n’importe quelle image d’archives, d’ailleurs le film n’en comporte aucune, tout simplement parce qu’il n’y en a pas, du moins s’agissant des chambres à gaz, selon la volonté des nazis qui souhaitaient commettre ce que Lanzmann appelle un « crime parfait », un crime sans images, sans cadavres, comme si le peuple juif n’avait jamais existé, « vaporisé », pour reprendre le terme utilisé avec lucidité par Orwell dans 1984, afin de qualifier les disparitions forcées menées par un régime totalitaire, et qui s’effectuaient en deux temps : disparition physique puis mémorielle. Tout propos négationniste sur les chambres à gaz revient alors à épouser le discours des bourreaux et à devenir les idiots utiles de ces derniers, en parachevant leur « œuvre » a posteriori alors qu’ils n’en espéraient pas tant, au vu du zèle qui fut le leur pour effacer toute trace de l’extermination, jusqu’à broyer les os des victimes après leur crémation. D’où la pertinence du titre de l’œuvre pionnière de l’historien Raul Hilberg, interviewé dans le film : La Destruction des Juifs d’Europe (1961).

En ce qui concerne les images d’époque disponibles, à quoi bon les repasser alors que ça a déjà été très bien fait par d’autres, notamment par Alain Resnais avec son Nuit et Brouillard qui, dès le milieu des années 1950, troubla un climat politique davantage porté vers le refoulement et la valorisation excessive de la Résistance que vers une vérité brute, dans toute sa complexité.

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Francofonia, le Louvre sous l’Occupation (2015) d’Alexandre Sokourov

Alexandre Sokourov, après quatre années d’absence, revient avec Francofonia, une œuvre hybride mêlant fiction, images d’archives, réflexions de l’artiste sur l’œuvre qu’il est en train de créer ainsi que sur le sujet de son film, à savoir le Louvre à travers l’histoire, permettant ainsi au cinéaste d’élargir sa réflexion sur des thématiques universelles.

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Le Fils de Saul (2015) de László Nemes

Auschwitz – Birkenau, octobre 1944. C’est au cœur de la machine de mort hitlérienne que se déroule Le Fils de Saul, premier long métrage du hongrois László Nemes, un film à l’ambiance particulièrement poisseuse, tourmentant l’esprit bien au-delà du visionnage.

La caméra de László Nemes saisit l’horreur au plus près des chambres à gaz, où les sonderkommandos – des prisonniers bénéficiant d’un statut et d’un traitement à part – assistent les SS dans la mise en œuvre de la Solution finale. Le jeune Saul est l’un d’entre eux. Son visage pâle et fatigué, ses yeux cernés et son regard rempli de peur contenue témoignent de la certitude de ce dernier quant à son sort final, du calvaire vécu et de l’effroi face à la vision de quelque chose d’indicible.

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