Le Redoutable (2017) de Michel Hazanavicius

S’il y a bien une chose dont on peut être à peu près sûr à propos de ce film, c’est que Jean-Luc Godard n’ira sûrement pas le voir. Et même s’il le voyait, il ne l’aimerait pas. Ses interviews, en particulier celle qu’il a accordée à Patrick Cohen en 2014, témoignent de son exigence légendaire, allant même jusqu’à renier ses propres films, en particulier ceux que la plupart des gens considèrent comme ses meilleurs. Cette franchise un peu brutale, qui lui valut une brouille avec François Truffaut, dont il n’aimait pas les films, est parfaitement retranscrite à travers le jeu très convaincant de Louis Garrel, qui dut sacrifier sa belle crinière et adopter un petit zozotement afin de se rapprocher de cette voix si singulière, reconnaissable entre toutes, et assez attachante au final comme vous pourrez l’entendre dans deux vidéos plus bas. En effet, pour incarner ce personnage il était difficile de trouver mieux que Louis Garrel, qui en est à son troisième rôle de soixante-huitard après Innocents – The Dreamers de Bernardo Bertolucci et Les Amants réguliers réalisé par son soixante-huitard de père, Philippe Garrel. Ce film n’a rien d’un biopic traditionnel, et de toute manière les grands réalisateurs de notre temps on parfaitement compris que l’on ne pouvait plus faire de biopics chronologiques à l’ancienne, le genre que Hollywood produit à la pelle, il n’y a qu’à voir le Barbara de Mathieu Amalric qui, dans un style plus ou moins déstructuré, privilégie le poétique et l’envoûtant afin qu’une espèce de grâce se dégage de l’ensemble, plutôt que d’être un peu trop tatillon sur l’exactitude historique.

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Quelques bonnes scènes (04)

Le Fantôme de la liberté (1974) de Luis Buñuel

Pour commencer, une scène issue d’un des derniers films de Buñuel. A cette époque le cinéaste enchaînait les films avec ce ton décalé et particulièrement corrosif que l’on retrouve dans cet extrait. Une fois de plus, c’est à une certaine bourgeoisie qu’il s’attaque, celle des années Pompidou-Giscard, en poussant jusqu’au ridicule ses petites manies, tout en parvenant, malgré tout, à rendre ses personnages intéressants et plus ou moins attachants. Pour exprimer toutes ces subtilités, les films du maître se devaient d’être servis par d’excellents acteurs. Il suffit de voir dans cet extrait à quel point Jean-Claude Brialy excelle avec sa tête des mauvais jours. Du reste, comme à son habitude, le cinéaste aime à piéger les spectateurs de la même manière qu’il piège ses personnages avec ces histoires quelque peu farfelues, d’un surréalisme parfaitement calibré : scène

Le Goût de la cerise (1997) d’Abbas Kiarostami

Un an après la mort du plus grand cinéaste iranien, il me semblait bon de revenir sur un de ses meilleurs films. Continuer la lecture de Quelques bonnes scènes (04)

L’Enlèvement de Michel Houellebecq (2014) de Guillaume Nicloux

Septembre 2011. Une rumeur agite les médias. Michel Houellebecq aurait été enlevé. N’ayant donné aucun signe de vie depuis une semaine, certains vont même jusqu’à soupçonner Al-Qaïda. Or il n’en est rien. L’écrivain français parmi les plus vendus au monde est finalement réapparu, après un voyage au cours duquel il s’était passé de tout lien téléphonique et numérique. Un peu plus et une alerte enlèvement aurait été déclenchée. Ce fait véritable inspira Guillaume Nicloux au point d’en faire un film, avec l’écrivain dans le rôle-titre ! Celui-ci se révèle être un excellent acteur, doté d’un grand potentiel comique, chose confirmée par sa prestation dans Near Death Experience de Gustave Kervern et Benoît Delépine, film dont les thèmes sont très proches des romans de l’écrivain, à savoir culte de la performance, misère affective, dépression, suicide, … On y voit un Michel Houellebecq à la dérive, en décalage avec les exigences contemporaines, s’enfuyant seul dans la montagne avec la ferme intention d’en finir.

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L’arbre, le maire et la médiathèque (1993) d’Eric Rohmer

Pour clore cette présidentielle 2017, voici un film qui n’a absolument rien perdu de sa pertinence. Avec cette histoire de jeune maire provincial aux dents longues voulant bâtir une médiathèque en dépit des critiques de ses administrés, Eric Rohmer semble avoir pris le contrepied de tous ceux qui l’avaient qualifié de cinéaste bourgeois. En effet, chez Rohmer on était habitué à voir des personnages, très CSP+ en général, en vacances le plus souvent, en pleine oisiveté estivale, bavardant pendant des heures d’une manière toute philosophique, au plus grand plaisir du spectateur. Le huis clos estival et sentimental cède ici la place à un film plus politique, plus ouvert sur l’extérieur, avec un véritable regard sur la société du début des années 1990, ce qui est assez neuf de la part de Rohmer.

Le plus troublant est de constater, 25 ans plus tard, soit une génération, que ce film contenait en germe tous les problèmes actuels : désertification des campagnes, opposition de plus en plus forte entre celles-ci et les grandes villes, lien social qui se distend, brouillage (mais pas disparition) du clivage gauche/droite, machiavélisme élyséen, médias qui font et défont les réputations, libre-échange et mondialisation, les ratés de la décentralisation ou l’encore trop grande centralisation, c’est selon, ou bien les dérives en matière d’aménagement du territoire. Bref on ne peut s’empêcher de faire un parallèle avec les problématiques actuelles.

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Le Parrain (1972, 1974, 1990) de Francis Ford Coppola

Cette trilogie, ce bloc de marbre finement ciselé mérite une place de choix dans l’histoire du cinéma, au vu de sa profondeur et de sa richesse dramatiques. Ce sont des films longs mais équilibrés, on n’a pas affaire à de grands films malades qui pètent plus haut que leur derrière. Et avoir réussi cela pour les trois opus relève du coup de maître. Car on revient de loin. Coppola dut batailler avec les producteurs afin d’imposer sa propre vision du premier volet de la trilogie, adapté du roman homonyme à succès de Mario Puzo, qui participa aux scénarios des trois films. Le résultat ? Un triomphe commercial, qui rapporta un million de dollars par jour le premier mois d’exploitation. Le deuxième volet fut une commande de la Paramount, qui voulut surfer sur ce succès. Les deux films ont chacun obtenu l’oscar du meilleur film. Marlon Brando et Robert de Niro ont, quant à eux, été récompensés pour leur prestation. Pour ce qui est du troisième volet, Coppola a avoué n’avoir accepté de le faire que pour le fric, afin d’éponger les quelque 12 millions de dollars de dettes qu’il avait cumulés suite à ses échecs commerciaux des années 1980. Mais n’empêche quelle conclusion ! Bien que le film soit un poil moins réussi que les deux premiers.

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Aguirre, la colère de Dieu (1972) de Werner Herzog

Ce film exceptionnel de Werner Herzog est le récit d’un lent désastre, qui s’étend sur deux mois. C’est l’histoire d’une entreprise ambitieuse, tellement ambitieuse qu’elle court au fiasco le plus total. Nous sommes au Pérou dans les années 1560, les conquistadores menés par Gonzalo Pizarro sont alors aux prises avec une nature hostile et à des Amérindiens qui le sont tout autant. Le début du film annonce d’emblée la couleur et nous laisse déjà entrevoir les difficultés et le bourbier dans lesquels ces hommes vont se fourrer : les conquistadores et des amérindiens réduits en esclavages, qui tombent comme des mouches du fait des maladies, descendent un chemin très escarpé et dangereux qui descend le long de la cordillère des Andes. Un plan saisit la chute malencontreuse d’une cage, qui s’écrase sur les rochers, un peu à la manière des conquistadores qui, une fois dans la vallée, vont vite déchanter. La brume des hauteurs laisse la place à la boue et à une végétation luxuriante, qui vont vite transformer cette procession en véritable chemin de croix.

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