Tokyo Sonata (2008) de Kiyoshi Kurosawa

Rien ne va plus au Japon, tout est en crise, tout fout le camp : familles, individus, société, « c’est la déglingue » comme dirait Luchini, autant dire tout de suite que ce drame familial a de quoi nous filer le bourdon. On assiste à la lente désintégration d’une famille, dans une société bien particulière, celle du Japon, dont personne n’ignore qu’elle demeure une société conservatrice, pour ne pas dire étouffante, élevant à un point sensible les sentiments de honte et de culpabilité chez les individus, le cinéaste ne se prive pas de le montrer, d’une manière assez féroce le plus souvent. Il n’y a plus de samouraïs, mais le culte de l’honneur demeure, si bien que, après avoir été licenciés, les pères de familles s’abandonnent à toutes les bassesses afin de cacher la perte de leur statut à leurs enfants et à leurs femmes, cantonnées au foyer. L’autorité paternelle se fissure de toutes parts et n’est plus qu’une fiction, que les pères se tuent à maintenir coûte que coûte, honneur oblige. Pour les moins courageux, pour ceux qui ne veulent pas se plier aux injonctions sociales, c’est la réclusion – voyez l’ampleur du phénomène des « hikikomoris », ces ados et jeunes adultes qui vivent des mois durant enfermés dans leur chambre – voire le suicide, certains vont même jusqu’à présenter cette dernière solution comme étant un trait culturel typiquement japonais.

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L’artisanat du cinéphile

Dans un précédent article, je critiquais un livre analysant les pratiques des cinéphiles, sujet que je souhaite prolonger dans ce nouveau billet.

Avant de se fabriquer des souvenirs en voyant des films, les cinéphiles rivalisent d’ingéniosité quand il s’agit de dénicher des perles et de voir celles-ci dans de bonnes conditions. Pour partir sur de bonnes bases, entendons-nous bien : pour un cinéphile, le cinéma est une religion, avec ses temples, ses rituels et tout ce qui va avec, c’est le quatrième grand monothéisme. Bien évidemment, dans ce genre de dévotion, la pureté n’est jamais  loin et les cinéphiles sont vite tentés de défendre une orthodoxie, avec des « classiques » à voir à tout prix, voyez la vogue des classements, pratique on ne peut plus discutable comme je le mentionnais dans mon classement très subjectif des « meilleurs » films de 2015. Même si, trop souvent hélas, chacun prend son avis pour une généralité, cette logique de classification parvient néanmoins à quelque consensus et a au moins le mérite de créer du débat, tout en permettant aux néophytes, car il faut aussi penser à eux, de s’y retrouver dans cette masse de films.

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Quelques bonnes scènes (02)

No Country for Old Men (2007) de Joel et Ethan Coen

Une scène glaçante où l’on voit un texan lambda (l’excellent Josh Brolin), qui aime chasser dans le désert, revenir sur le lieu ou il a découvert, plus tôt dans la journée et par hasard, les restes d’un deal de drogue qui a mal tourné : des cadavres et des véhicules criblés de balles jonchent le sable du désert. Avant de revenir sur le lieu du massacre, il avait vaguement prévenu sa compagne en lui disant : « je sais que c’est une connerie monumentale mais je vais quand même la faire ». Il ne pouvait pas mieux dire, surtout quand on voit les premières secondes de la scène qui suit, où les dealers prennent le soin de crever les pneus de son 4×4 avant de descendre sur le lieu du massacre. En plus c’est une scène très soignée formellement, avec le jour qui se lève progressivement.

 

Hana-Bi (1997) de Takeshi Kitano

Avec cette scène, on a un aperçu de la mécanique que Kitano déploie dans tous ses films : des moments calmes voire contemplatifs prennent brutalement fin par l’irruption d’une violence parfois extrême. Cette mécanique était déjà présente dans d’autres films asiatiques de la seconde moitié du XXème siècle, dont Tarantino a pu s’inspirer pour Continuer la lecture de Quelques bonnes scènes (02)

Quelques bonnes scènes (01)

Mammuth (2010) de Gustave Kervern et Benoît Delépine

Après avoir vu ça, on ne peut plus s’empêcher d’y penser à chaque fois que l’on passe devant un étal de boucher. Depardieu, qui excelle quand il s’agit de pousser une gueulante, est pour une fois sur la défensive, face au cynisme ambiant nourri par la crise économique. Sujet dont Kervern (qui joue le boucher) et Delépine se nourrissent dans leurs films, dans lesquels ils dépeignent en général des personnages hauts en couleur, pas vraiment favorisés par la vie, mais qui persistent à chercher un sens à leur vie, le tout avec de sacrées performances d’acteur, allant jusqu’à révéler le potentiel comique de… Michel Houellebecq, dans Near Death Experience. Dans cette scène on frôle limite le burlesque, surtout quand on voit Kervern et Depardieu s’éloigner tout en s’insultant, en plus c’est joué avec une telle spontanéité.

Crimes et Délits (1989) de Woody Allen

Une scène issue d’un des plus grands chefs-d’œuvre de Woody Allen, où celui-ci joue un personnage un peu fauché qui Continuer la lecture de Quelques bonnes scènes (01)