Quelques bonnes scènes (04)

Le Fantôme de la liberté (1974) de Luis Buñuel

Pour commencer, une scène issue d’un des derniers films de Buñuel. A cette époque le cinéaste enchaînait les films avec ce ton décalé et particulièrement corrosif que l’on retrouve dans cet extrait. Une fois de plus, c’est à une certaine bourgeoisie qu’il s’attaque, celle des années Pompidou-Giscard, en poussant jusqu’au ridicule ses petites manies, tout en parvenant, malgré tout, à rendre ses personnages intéressants et plus ou moins attachants. Pour exprimer toutes ces subtilités, les films du maître se devaient d’être servis par d’excellents acteurs. Il suffit de voir dans cet extrait à quel point Jean-Claude Brialy excelle avec sa tête des mauvais jours. Du reste, comme à son habitude, le cinéaste aime à piéger les spectateurs de la même manière qu’il piège ses personnages avec ces histoires quelque peu farfelues, d’un surréalisme parfaitement calibré.

 

Le Goût de la cerise (1997) d’Abbas Kiarostami

Un an après la mort du plus grand cinéaste iranien, il me semblait bon de revenir sur un de ses meilleurs films. Continuer la lecture de Quelques bonnes scènes (04)

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Shoah (1985) de Claude Lanzmann

Pour décrire un phénomène sans précédent, il fallait un film qui le soit tout autant, du moins c’est ce que semble avoir été le parti pris de Claude Lanzmann quand il se lança dans cette aventure, dans la longue genèse de cet exceptionnel documentaire, diffusé en salles 12 ans après que le ministère israélien des Affaires étrangères lui en fit la commande, soit la durée du régime nazi, drôle de coïncidence, mais l’ironie s’arrête là car la suite n’a absolument rien d’amusant, le spectateur étant vite confronté à une vérité des plus crues, crue parce que décrite dans ses moindres détails.

Lanzmann fit le pari que des témoignages en diraient bien davantage que n’importe quelle image d’archives, d’ailleurs le film n’en comporte aucune, tout simplement parce qu’il n’y en a pas, du moins s’agissant des chambres à gaz, selon la volonté des nazis qui souhaitaient commettre ce que Lanzmann appelle un « crime parfait », un crime sans images, sans cadavres, comme si le peuple juif n’avait jamais existé, « vaporisé », pour reprendre le terme utilisé avec lucidité par Orwell dans 1984, afin de qualifier les disparitions forcées menées par un régime totalitaire, et qui s’effectuaient en deux temps : disparition physique puis mémorielle. Tout propos négationniste sur les chambres à gaz revient alors à épouser le discours des bourreaux et à devenir les idiots utiles de ces derniers, en parachevant leur « œuvre » a posteriori alors qu’ils n’en espéraient pas tant, au vu du zèle qui fut le leur pour effacer toute trace de l’extermination, jusqu’à broyer les os des victimes après leur crémation. D’où la pertinence du titre de l’œuvre pionnière de l’historien Raul Hilberg, interviewé dans le film : La Destruction des Juifs d’Europe (1961).

En ce qui concerne les images d’époque disponibles, à quoi bon les repasser alors que ça a déjà été très bien fait par d’autres, notamment par Alain Resnais avec son Nuit et Brouillard qui, dès le milieu des années 1950, troubla un climat politique davantage porté vers le refoulement et la valorisation excessive de la Résistance que vers une vérité brute, dans toute sa complexité.

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Les Huits salopards (2015) de Quentin Tarantino

Après avoir vu ce film deux fois, j’ai pensé que ça méritait bien un article. Ce deuxième visionnage fut assez curieux car en allant au cinéma, j’ai déambulé dans des rues désertes, en ce dimanche après-midi marqué par un match de foot entre la France et l’Irlande, dont je me foutais complètement. Mais même dans la rue on n’échappe pas à la bigoterie sportive des autres, avec tous ces hurlements fanatiques qui émanaient des bars ou des appartements. Ce dimanche était également marqué par la Fête du Cinéma, mais cela n’a pas empêché le cinéma qui ressortait ce Tarantino pour l’occasion d’être complètement vide, mis à part deux ou trois couples de p’tits vieux. J’ai donc revu et été une fois de plus bluffé par ce film où l’on ne voit pas le temps passer et ce, malgré ses trois heures. On est captivé par des dialogues toujours aussi savoureux, écrits et drôles, une marque de fabrique chez Tarantino, et par ces scènes qui montent en tension jusqu’à ce que la violence explose et ne repeigne les murs à coup d’hémoglobine.

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Le bouton de nacre (2015) de Patricio Guzmán

Dans ce film documentaire, Patricio Guzmán revisite l’histoire tourmentée de son pays, le Chili, à travers deux événements marquant une rupture et méritant d’être retenus, à savoir l’extermination des derniers Amérindiens de Patagonie et les disparus de la dictature de Pinochet. Pour aborder ces deux pans de l’histoire chilienne, Patricio Guzmán utilise le thème de l’eau comme trait d’union. L’eau avait en effet une importance majeure dans la culture et l’imaginaire amérindiens. Ces premiers habitants du Chili étaient en parfaite osmose avec la nature et le cosmos, dont les étoiles représentaient, à leurs yeux, la perpétuation des âmes défuntes.

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Francofonia, le Louvre sous l’Occupation (2015) d’Alexandre Sokourov

Alexandre Sokourov, après quatre années d’absence, revient avec Francofonia, une œuvre hybride mêlant fiction, images d’archives, réflexions de l’artiste sur l’œuvre qu’il est en train de créer ainsi que sur le sujet de son film, à savoir le Louvre à travers l’histoire, permettant ainsi au cinéaste d’élargir sa réflexion sur des thématiques universelles.

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Le Fils de Saul (2015) de László Nemes

Auschwitz – Birkenau, octobre 1944, c’est au cœur de la machine de mort hitlérienne que se déroule Le Fils de Saul, premier long métrage du hongrois László Nemes, un film à l’ambiance particulièrement poisseuse, tourmentant l’esprit bien au-delà du visionnage.

La caméra de László Nemes saisit l’horreur au plus près des chambres à gaz, où les sonderkommandos – des prisonniers bénéficiant d’un statut et d’un traitement à part – assistent les SS dans la mise en œuvre de la Solution finale. Le jeune Saul est l’un d’entre eux, son visage pâle et fatigué, ses yeux cernés et son regard rempli de peur contenue témoignent de la certitude de ce dernier quant à son sort final, du calvaire vécu et de l’effroi face à la vision de quelque chose d’indicible.

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