Série noire (1979) d’Alain Corneau

Dès le générique le ton est donné : un film adapté d’un roman de la collection « Série noire » intitulé Des cliques et des cloaques (1967). Si l’on voulait décrire ce film en peu de mots, cette seule mention suffirait.

Voyez le programme : des histoires de pognon, des personnages dans la dèche, des taudis – partout – une salle de sport pour délinquants minables qui tentent de s’en sortir par des combines tout aussi minables. La pluie, la boue, et le froid achèvent le tableau, avec un temps à rentrer les épaules au fond de son trench. Une ambiance qui n’est pas sans rappeler celle des films de Jean-Pierre Melville, comme Le Cercle rouge (1970), avec ces cavales boueuses et hivernales au fin fond de la Bourgogne. Cette atmosphère, les dialogues de Perec, et un des meilleurs acteurs de sa génération pour les incarner. Tout concourait à faire de ce film un des plus marquants de la décennie 1970.

serie noire 1

Continuer la lecture de Série noire (1979) d’Alain Corneau

Publicités

Quelques bonnes scènes (04)

Le Fantôme de la liberté (1974) de Luis Buñuel

Pour commencer, une scène issue d’un des derniers films de Buñuel. A cette époque le cinéaste enchaînait les films avec ce ton décalé et particulièrement corrosif que l’on retrouve dans cet extrait. Une fois de plus, c’est à une certaine bourgeoisie qu’il s’attaque, celle des années Pompidou-Giscard, en poussant jusqu’au ridicule ses petites manies, tout en parvenant, malgré tout, à rendre ses personnages intéressants et plus ou moins attachants. Pour exprimer toutes ces subtilités, les films du maître se devaient d’être servis par d’excellents acteurs. Il suffit de voir dans cet extrait à quel point Jean-Claude Brialy excelle avec sa tête des mauvais jours. Du reste, comme à son habitude, le cinéaste aime à piéger les spectateurs de la même manière qu’il piège ses personnages avec ces histoires quelque peu farfelues, d’un surréalisme parfaitement calibré.

 

Le Goût de la cerise (1997) d’Abbas Kiarostami

Un an après la mort du plus grand cinéaste iranien, il me semblait bon de revenir sur un de ses meilleurs films. Continuer la lecture de Quelques bonnes scènes (04)

Mulholland Drive (2001) de David Lynch

Quel beau défi que d’aborder ce monument déjà culte qu’est  Mulholland Drive. Pendant trois minutes je me suis retrouvé là devant ma page Word, vierge, comme une poule face à un interrupteur, me demandant comment je vais attaquer le bébé. Car comment ne pas être perturbé face à un tel film, si mystérieux, si audacieux, mais pourtant si typique de son créateur, David Lynch, qui poussa l’étrangeté à un point rarement atteint. Egaré entre rêve et réalité, entre faux-semblants et retour du refoulé, le film semble explorer l’âme humaine et ses tourments, celle d’un personnage en particulier.

Mulholland_0007_mulholland9_jpg_BXquUXM.jpg

Continuer la lecture de Mulholland Drive (2001) de David Lynch

2001 : l’odyssée de l’espace (1968) de Stanley Kubrick

Là on est censé citer la fameuse phrase de Pascal, véritable tarte à la crème quand il s’agit de parler de ce film, lisez quelques autres critiques et vous verrez, même s’il faut reconnaître qu’elle illustre parfaitement le travail de Kubrick, qui a su filmer à merveille le mystère et le silence, donc vous m’excuserez de céder à la tentation de la citation, alors la phrase la voilà : « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie. » Bon plus sérieusement, que dire de ce film, sinon qu’il est l’un des plus fascinants et intrigants de toute l’histoire du cinéma. J’aurais aimé le découvrir à l’époque de sa sortie afin de ressentir le choc qu’avaient ressenti les cinéphiles de l’époque, comme le grand critique Michel Ciment qui, au début de son beau et brillant ouvrage sur Kubrick, exprimait l’état de sidération qui était le sien après avoir vu ce film, déambulant dans les rues de Londres, encore un peu dans les vapes. Car ce film stimule nos sens dès les premières images, avec un fond noir – couleur dominante de l’Univers – qui dure plusieurs minutes sur une musique, mystérieuse tout d’abord, puis de plus en plus inquiétante. Enfin, Kubrick, tel un Dieu créateur, finit par proclamer l’avènement de la lumière, et ce de la manière la plus majestueuse, avec cet alignement des astres, d’une symétrie parfaite. Bref cette scène inaugure le côté très rationnel du film et le cinéaste, perfectionniste obsessionnel, semble avoir voulu atteindre l’absolu, et le comble dans cette affaire, c’est qu’il n’a pas été loin d’y parvenir, tant le film est harmonieux et contemplatif.

2001 22

Continuer la lecture de 2001 : l’odyssée de l’espace (1968) de Stanley Kubrick

Quelques bonnes scènes (01)

Mammuth (2010) de Gustave Kervern et Benoît Delépine

Après avoir vu ça, on ne peut plus s’empêcher d’y penser à chaque fois que l’on passe devant un étal de boucher. Depardieu, qui excelle quand il s’agit de pousser une gueulante, est pour une fois sur la défensive, face au cynisme ambiant nourri par la crise économique. Sujet dont Kervern (qui joue le boucher) et Delépine se nourrissent dans leurs films, dans lesquels ils dépeignent en général des personnages hauts en couleur, pas vraiment favorisés par la vie, mais qui persistent à chercher un sens à leur vie, le tout avec de sacrées performances d’acteur, allant jusqu’à révéler le potentiel comique de… Michel Houellebecq, dans Near Death Experience. Dans cette scène on frôle limite le burlesque, surtout quand on voit Kervern et Depardieu s’éloigner tout en s’insultant, en plus c’est joué avec une telle spontanéité.

Crimes et Délits (1989) de Woody Allen

Une scène issue d’un des plus grands chefs-d’œuvre de Woody Allen, où celui-ci joue un personnage un peu fauché qui Continuer la lecture de Quelques bonnes scènes (01)

Les Nerfs à vif (1991) de Martin Scorsese

Comment garder les nerfs solides quand un taré sorti de prison s’est mis en tête de nous faire payer nos erreurs passées, en nous harcelant jour et nuit ? Voilà un défi de taille auquel un avocat bien installé est soumis, dans un thriller assez réussi, avec un suspense qui va crescendo, rythmé par l’énergie que Scorsese sait si bien insuffler à ses films, avec un montage savamment exécuté et une caméra plus ou moins mouvante selon le degré de tension qu’atteignent les scènes. Il n’hésite pas dans le dernier tiers du film à prendre des libertés et à tourner la caméra dans tous les sens. L’ensemble est accompagné d’une musique majestueuse qui annoncerait presque l’arrivé de l’Antéchrist en la personne de Max Cady, joué par Robert De Niro. Ce n’est pas un des meilleurs films de Scorsese mais il mérite néanmoins le détour, ne serait-ce que pour l’interprétation de Robert De Niro, qui incarne ici un violeur-tueur sortant de quatorze années de prison. Il harcèle alors son ancien avocat qu’il accuse de ne pas l’avoir assez défendu. Il soupçonne même celui-ci de l’avoir au contraire enfoncé, en décidant unilatéralement de mettre sous le tapis des preuves qui auraient pu réduire la condamnation de son client.

Cape fear

Continuer la lecture de Les Nerfs à vif (1991) de Martin Scorsese

Aguirre, la colère de Dieu (1972) de Werner Herzog

Ce film exceptionnel de Werner Herzog est le récit d’un lent désastre, qui s’étend sur deux mois. C’est l’histoire d’une entreprise ambitieuse, tellement ambitieuse qu’elle court au fiasco le plus total. Nous sommes au Pérou dans les années 1560, les conquistadores menés par Gonzalo Pizarro sont alors aux prises avec une nature hostile et à des Amérindiens qui le sont tout autant. Le début du film annonce d’emblée la couleur et nous laisse déjà entrevoir les difficultés et le bourbier dans lesquels ces hommes vont se fourrer : les conquistadores et des amérindiens réduits en esclavages, qui tombent comme des mouches du fait des maladies, descendent un chemin très escarpé et dangereux qui descend le long de la cordillère des Andes. Un plan saisit la chute malencontreuse d’une cage, qui s’écrase sur les rochers, un peu à la manière des conquistadores qui, une fois dans la vallée, vont vite déchanter. La brume des hauteurs laisse la place à la boue et à une végétation luxuriante, qui vont vite transformer cette procession en véritable chemin de croix.

aggggggg

Continuer la lecture de Aguirre, la colère de Dieu (1972) de Werner Herzog