Le Redoutable (2017) de Michel Hazanavicius

S’il y a bien une chose dont on peut être à peu près sûr à propos de ce film, c’est que Jean-Luc Godard n’ira sûrement pas le voir. Et même s’il le voyait, il ne l’aimerait pas. Ses interviews, en particulier celle qu’il a accordée à Patrick Cohen en 2014, témoignent de son exigence légendaire, allant même jusqu’à renier ses propres films, en particulier ceux que la plupart des gens considèrent comme ses meilleurs. Cette franchise un peu brutale, qui lui valut une brouille avec François Truffaut, dont il n’aimait pas les films, est parfaitement retranscrite à travers le jeu très convaincant de Louis Garrel, qui dut sacrifier sa belle crinière et adopter un petit zozotement afin de se rapprocher de cette voix si singulière, reconnaissable entre toutes, et assez attachante au final comme vous pourrez l’entendre dans deux vidéos plus bas. En effet, pour incarner ce personnage il était difficile de trouver mieux que Louis Garrel, qui en est à son troisième rôle de soixante-huitard après Innocents – The Dreamers de Bernardo Bertolucci et Les Amants réguliers réalisé par son soixante-huitard de père, Philippe Garrel. Ce film n’a rien d’un biopic traditionnel, et de toute manière les grands réalisateurs de notre temps on parfaitement compris que l’on ne pouvait plus faire de biopics chronologiques à l’ancienne, le genre que Hollywood produit à la pelle, il n’y a qu’à voir le Barbara de Mathieu Amalric qui, dans un style plus ou moins déstructuré, privilégie le poétique et l’envoûtant afin qu’une espèce de grâce se dégage de l’ensemble, plutôt que d’être un peu trop tatillon sur l’exactitude historique.

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Mulholland Drive (2001) de David Lynch

Quel beau défi que d’aborder ce monument déjà culte qu’est  Mulholland Drive. Pendant trois minutes je me suis retrouvé là devant ma page Word, vierge, comme une poule face à un interrupteur, me demandant comment je vais attaquer le bébé. Car comment ne pas être perturbé face à un tel film, si mystérieux, si audacieux, mais pourtant si typique de son créateur, David Lynch, qui poussa l’étrangeté à un point rarement atteint. Egaré entre rêve et réalité, entre faux-semblants et retour du refoulé, le film semble explorer l’âme humaine et ses tourments, celle d’un personnage en particulier.

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Quelques bonnes scènes (01)

Mammuth (2010) de Gustave Kervern et Benoît Delépine

Après avoir vu ça, on ne peut plus s’empêcher d’y penser à chaque fois que l’on passe devant un étal de boucher. Depardieu, qui excelle quand il s’agit de pousser une gueulante, est pour une fois sur la défensive, face au cynisme ambiant nourri par la crise économique. Sujet dont Kervern (qui joue le boucher) et Delépine se nourrissent dans leurs films, dans lesquels ils dépeignent en général des personnages hauts en couleur, pas vraiment favorisés par la vie, mais qui persistent à chercher un sens à leur vie, le tout avec de sacrées performances d’acteur, allant jusqu’à révéler le potentiel comique de… Michel Houellebecq, dans Near Death Experience. Dans cette scène on frôle limite le burlesque, surtout quand on voit Kervern et Depardieu s’éloigner tout en s’insultant, en plus c’est joué avec une telle spontanéité.

Crimes et Délits (1989) de Woody Allen

Une scène issue d’un des plus grands chefs-d’œuvre de Woody Allen, où celui-ci joue un personnage un peu fauché qui Continuer la lecture de Quelques bonnes scènes (01)

Francofonia, le Louvre sous l’Occupation (2015) d’Alexandre Sokourov

Alexandre Sokourov, après quatre années d’absence, revient avec Francofonia, une œuvre hybride mêlant fiction, images d’archives, réflexions de l’artiste sur l’œuvre qu’il est en train de créer ainsi que sur le sujet de son film, à savoir le Louvre à travers l’histoire, permettant ainsi au cinéaste d’élargir sa réflexion sur des thématiques universelles.

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Mia Madre (2015) de Nanni Moretti

Après Habemus Papam, Nanni Moretti retourne à une veine plus intimiste avec Mia madre, un film très sobre et empreint d’un certain classicisme, qui peut faire penser à certains films de Clint Eastwood dans lesquels ce dernier se concentrait en particulier sur les sentiments et relations entre les personnages. Car Nanni Moretti aime les personnages de son film et cela se voit, il nous montre avec beaucoup de subtilité et de sensibilité la manière dont un frère et une sœur reçoivent et endurent la nouvelle de la mort prochaine de leur mère.

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L’autre réussite de ce film est cette formidable réflexion de Nanni Moretti, à travers le personnage joué par Margherita Buy, sur le travail de cinéaste, qui est bien évidemment influencé par les expériences et les drames traversés par le cinéaste, qu’ils soient collectifs, avec notamment le sujet du tournage mené par la cinéaste et qui n’est autre qu’un constat de l’impact de la crise économique sur le tissu industriel italien, ou bien personnels, avec la perte d’un parent. Ce dernier sujet n’a pas été choisi par hasard puisque Nanni Moretti a perdu sa mère durant le montage d’Habemus papam. Selon ses dires, l’idée de faire un film à partir de ce drame personnel lui est venue très rapidement à l’esprit. Pour lui, l’émotion joue le plus souvent un rôle d’impulsion première dans son activité créatrice.

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