Je vous salue, Marie (1984) de Jean-Luc Godard et Anne-Marie Miéville

Dans mon précédent article, à propos du Redoutable (2017) de Michel Hazanavicius, on avait quitté Godard sur ses expérimentations artistico-militantes à tendances maoïstes au cours des années 1970. Ici, avec Je vous salue, Marie, on le retrouve en plein milieu des années 1980, décennie qui marqua son grand retour « dans le cinéma qui sort dans les salles », pour reprendre ses mots. Cette rupture avec le cinéma militant ne signifiait pas pour autant son éloignement des thématiques sociales car celles-ci ont continué d’irriguer son cinéma, sous d’autres formes, toujours avec cette idée de mettre au jour, de manière plus ou moins métaphorique, les tendances lourdes qui traversent nos sociétés modernes.

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Silence (2016) de Martin Scorsese

Trois ans après Le Loup de Wall Street, chef-d’œuvre brillamment excessif qui éleva la vulgarité au rang d’art, Martin Scorsese nous revient fort d’une inspiration renouvelée, avec cette histoire de missionnaires jésuites dans le Japon du XVIIème siècle, formidablement mise en images, revisitant au passage un thème cher au cinéaste et ce depuis le début de sa carrière : la crise de foi. Comment concilier sa foi religieuse avec la cruauté de ce monde ici-bas ? Telle est la question que se sont posée bon nombre de personnages scorsesiens, à commencer par Harvey Keitel dans Mean Streets, pour qui les sermons et les prières n’étaient pas plus que des mots, une routine qu’on exécute pour sauver les apparences et faire plaisir à la famille. Et que dire de ce Jésus incarné par Willem Dafoe dans La Dernière Tentation du Christ, sinon qu’il dérogeait quelque peu aux « Ecritures », provoquant la foudre de chrétiens intégristes qui menacèrent alors de poser des bombes dans les cinémas qui commettraient l’« outrage » de diffuser ce film. Ils n’ont, semble-t-il, guère apprécié le fait de voir Jésus faire un petit détour au lieu de mourir, descendant de sa croix après avoir crié « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? », pour ensuite vivre une vie tout ce qu’il y a de plus profane, accompagné d’une femme avec qui il a des enfants. Scandale ! Mais de là à menacer les spectateurs de se faire massacrer, c’est un peu excessif, mais pour les plus radicaux il n’y a qu’un pas. Toujours est-il que cela n’a pas empêché le cinéaste de continuer sa réflexion sur la foi et la spiritualité, notamment dans Kundun, qui évoquait le Dalaï-Lama, mais surtout avec ce film, Silence, qui lui permet d’accomplir un projet qui mit 28 ans à se concrétiser, c’est dire à quel point ce film lui est personnel.

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Quelques bonnes scènes (03)

La Grande Bouffe (1973) de Marco Ferreri

Après les fêtes, il me paraissait tout naturel de commencer par un extrait de La Grande Bouffe, film de tous les excès, à l’immoralité revendiquée, et dans lequel une bande d’amis aisés se retrouve pour un « séminaire culinaire » comme le dit Philippe Noiret, qui se prénomme Philippe dans le film, car tous les acteurs s’appellent par leur vrai prénom, ce qui est assez troublant vu le sujet du film, on finit par se demander s’il n’y a pas une part de vécu là-dedans. On assiste alors à ce qu’on peut appeler un suicide gastronomique. Comme le disait Michel Piccoli à Cannes face aux caméras « Il y a des gens qui meurent de faim, et d’autres, de trop manger ». Enfermés qu’ils sont dans un manoir, les différents personnages dépérissent peu à peu, la gastronomie cédant la place à des éruptions scatologiques de plus en plus dégoûtantes, tout cela s’accompagnant  de comportements de plus en plus régressifs, comme dans la scène suivante où Michel Piccoli parle comme un petit enfant qu’on bichonne, tandis que Philippe Noiret, en bon juriste soucieux de la langue, écoutez sa diction, corrige les erreurs d’expressions des autres personnages. Enfin, si vous ne connaissiez pas la « purée médicale », c’est le moment de prendre des notes pour les prochaines fêtes. En bonus, je n’ai pas pu m’empêcher de rajouter cette musique récurrente et désespérante qui nous hante bien après le visionnage, ainsi qu’une réaction culte d’une spectatrice d’un certain âge : scène ; musique ; vidéo

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Aguirre, la colère de Dieu (1972) de Werner Herzog

Ce film exceptionnel de Werner Herzog est le récit d’un lent désastre, qui s’étend sur deux mois. C’est l’histoire d’une entreprise ambitieuse, tellement ambitieuse qu’elle court au fiasco le plus total. Nous sommes au Pérou dans les années 1560, les conquistadores menés par Gonzalo Pizarro sont alors aux prises avec une nature hostile et à des Amérindiens qui le sont tout autant. Le début du film annonce d’emblée la couleur et nous laisse déjà entrevoir les difficultés et le bourbier dans lesquels ces hommes vont se fourrer : les conquistadores et des amérindiens réduits en esclavages, qui tombent comme des mouches du fait des maladies, descendent un chemin très escarpé et dangereux qui descend le long de la cordillère des Andes. Un plan saisit la chute malencontreuse d’une cage, qui s’écrase sur les rochers, un peu à la manière des conquistadores qui, une fois dans la vallée, vont vite déchanter. La brume des hauteurs laisse la place à la boue et à une végétation luxuriante, qui vont vite transformer cette procession en véritable chemin de croix.

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