Série noire (1979) d’Alain Corneau

Dès le générique le ton est donné : un film adapté d’un roman de la collection « Série noire » intitulé Des cliques et des cloaques (1967). Si l’on voulait décrire ce film en peu de mots, cette seule mention suffirait.

Voyez le programme : des histoires de pognon, des personnages dans la dèche, des taudis – partout – une salle de sport pour délinquants minables qui tentent de s’en sortir par des combines tout aussi minables. La pluie, la boue, et le froid achèvent le tableau, avec un temps à rentrer les épaules au fond de son trench. Une ambiance qui n’est pas sans rappeler celle des films de Jean-Pierre Melville, tel Le Cercle rouge (1970), avec ces cavales boueuses et hivernales au fin fond de la Bourgogne. Cette atmosphère, les dialogues de Perec, et un des meilleurs acteurs de sa génération pour les incarner. Tout concourait à faire de ce film un des plus marquants de la décennie 1970.

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Tokyo Sonata (2008) de Kiyoshi Kurosawa

Rien ne va plus au Japon, tout est en crise, tout fout le camp : familles, individus, société, « c’est la déglingue » comme dirait Luchini, autant dire tout de suite que ce drame familial a de quoi nous filer le bourdon. On assiste à la lente désintégration d’une famille, dans une société bien particulière, celle du Japon, dont personne n’ignore qu’elle demeure une société conservatrice, pour ne pas dire étouffante, élevant à un point sensible les sentiments de honte et de culpabilité chez les individus, le cinéaste ne se prive pas de le montrer, d’une manière assez féroce le plus souvent. Il n’y a plus de samouraïs, mais le culte de l’honneur demeure, si bien que, après avoir été licenciés, les pères de familles s’abandonnent à toutes les bassesses afin de cacher la perte de leur statut à leurs enfants et à leurs femmes, cantonnées au foyer. L’autorité paternelle se fissure de toutes parts et n’est plus qu’une fiction, que les pères se tuent à maintenir coûte que coûte, honneur oblige. Pour les moins courageux, pour ceux qui ne veulent pas se plier aux injonctions sociales, c’est la réclusion – voyez l’ampleur du phénomène des « hikikomoris », ces ados et jeunes adultes qui vivent des mois durant enfermés dans leur chambre – voire le suicide, certains vont même jusqu’à présenter cette dernière solution comme étant un trait culturel typiquement japonais.

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Quelques bonnes scènes (01)

Mammuth (2010) de Gustave Kervern et Benoît Delépine

Après avoir vu ça, on ne peut plus s’empêcher d’y penser à chaque fois que l’on passe devant un étal de boucher. Depardieu, qui excelle quand il s’agit de pousser une gueulante, est pour une fois sur la défensive, face au cynisme ambiant nourri par la crise économique. Sujet dont Kervern (qui joue le boucher) et Delépine se nourrissent dans leurs films, dans lesquels ils dépeignent en général des personnages hauts en couleur, pas vraiment favorisés par la vie, mais qui persistent à chercher un sens à leur vie, le tout avec de sacrées performances d’acteur, allant jusqu’à révéler le potentiel comique de… Michel Houellebecq, dans Near Death Experience. Dans cette scène on frôle limite le burlesque, surtout quand on voit Kervern et Depardieu s’éloigner tout en s’insultant, en plus c’est joué avec une telle spontanéité.

Crimes et Délits (1989) de Woody Allen

Une scène issue d’un des plus grands chefs-d’œuvre de Woody Allen, où celui-ci joue un personnage un peu fauché qui Continuer la lecture de Quelques bonnes scènes (01)

Mia Madre (2015) de Nanni Moretti

Après Habemus Papam, Nanni Moretti retourne à une veine plus intimiste avec Mia Madre, un film très sobre et empreint d’un certain classicisme, qui peut faire penser à certains films de Clint Eastwood dans lesquels ce dernier se concentrait en particulier sur les sentiments et les relations entre les personnages. Car Nanni Moretti aime les personnages de son film et ça se voit. Il nous montre avec beaucoup de subtilité et de sensibilité la manière dont un frère et une sœur reçoivent et endurent la nouvelle de la mort prochaine de leur mère.

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L’autre réussite du film est la formidable réflexion déployée par Nanni Moretti, à travers le personnage joué par Margherita Buy, sur le travail de cinéaste, qui est bien évidemment influencé par les expériences et les drames vécus par le cinéaste, qu’ils soient collectifs, avec notamment le sujet du tournage mené par la cinéaste et qui n’est autre qu’un constat de l’impact de la crise économique sur le tissu industriel italien, ou bien personnels, avec la perte d’un parent. Ce dernier sujet n’a pas été choisi par hasard puisque Nanni Moretti a perdu sa mère durant le montage d’Habemus Papam. Selon ses dires, l’idée de faire un film à partir de ce drame personnel lui est venue très rapidement à l’esprit. Pour lui, l’émotion joue le plus souvent un rôle d’impulsion première dans sa création.

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