Quelques bonnes scènes (04)

Le Fantôme de la liberté (1974) de Luis Buñuel

Pour commencer, une scène issue d’un des derniers films de Buñuel. A cette époque le cinéaste enchaînait les films avec ce ton décalé et particulièrement corrosif que l’on retrouve dans cet extrait. Une fois de plus, c’est à une certaine bourgeoisie qu’il s’attaque, celle des années Pompidou-Giscard, en poussant jusqu’au ridicule ses petites manies, tout en parvenant, malgré tout, à rendre ses personnages intéressants et plus ou moins attachants. Pour exprimer toutes ces subtilités, les films du maître se devaient d’être servis par d’excellents acteurs. Il suffit de voir dans cet extrait à quel point Jean-Claude Brialy excelle avec sa tête des mauvais jours. Du reste, comme à son habitude, le cinéaste aime à piéger les spectateurs de la même manière qu’il piège ses personnages avec ces histoires quelque peu farfelues, d’un surréalisme parfaitement calibré.

 

Le Goût de la cerise (1997) d’Abbas Kiarostami

Un an après la mort du plus grand cinéaste iranien, il me semblait bon de revenir sur un de ses meilleurs films. Continuer la lecture de Quelques bonnes scènes (04)

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Quelques bonnes scènes (03)

La Grande Bouffe (1973) de Marco Ferreri

Après les fêtes, il me paraissait tout naturel de commencer par un extrait de La Grande Bouffe, film de tous les excès, à l’immoralité revendiquée, et dans lequel une bande d’amis aisés se retrouve pour un « séminaire culinaire » comme le dit Philippe Noiret, qui se prénomme Philippe dans le film, car tous les acteurs s’appellent par leur vrai prénom, ce qui est assez troublant vu le sujet du film, on finit par se demander s’il n’y a pas une part de vécu là-dedans. On assiste alors à ce qu’on peut appeler un suicide gastronomique. Comme le disait Michel Piccoli à Cannes face aux caméras « Il y a des gens qui meurent de faim, et d’autres, de trop manger ». Enfermés qu’ils sont dans un manoir, les différents personnages dépérissent peu à peu, la gastronomie cédant la place à des éruptions scatologiques de plus en plus dégoûtantes, tout cela s’accompagnant  de comportements de plus en plus régressifs, comme dans la scène suivante où Michel Piccoli parle comme un petit enfant qu’on bichonne, tandis que Philippe Noiret, en bon juriste soucieux de la langue, écoutez sa diction, corrige les erreurs d’expressions des autres personnages. Enfin, si vous ne connaissiez pas la « purée médicale », c’est le moment de prendre des notes pour les prochaines fêtes. En bonus, je n’ai pas pu m’empêcher de rajouter cette musique récurrente et désespérante qui nous hante bien après le visionnage, ainsi qu’une réaction culte d’une spectatrice d’un certain âge…

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Dancer in the Dark (2000) de Lars von Trier

L’enfer c’est les autres, voilà qui peut résumer, en très peu de mots, Dancer in the Dark. Film dans lequel un personnage atypique doit faire face à la société, qui finit par le rejeter et le broyer, comme le personnage principal de Breaking the waves (1996) dont les mœurs ne cadraient pas avec le puritanisme écossais, ou bien comme les hurluberlus des Idiots (1998), gens à la base parfaitement sensés et éduqués, qui pourtant décident délibérément de se comporter comme des malades mentaux, pour mieux cracher à la figure de cette société qui ne prend pas en compte leur particularité.  Lars von Trier tourna Dancer in the Dark deux ans après ce dernier film, qui suivait à la lettre les dix commandements du Dogme95, un manifeste qui prônait un retour à une pureté cinématographique, éloignée des artifices du cinéma commercial, et dont le cinéaste était l’un des artisans avec Thomas Vinterberg qui lui, réalisa l’excellent Festen (1998). Dancer in the Dark s’éloigne de ce manifeste bien qu’il en garde certains éléments, notamment le côté naturaliste, accentué par les mouvements de l’image dus à la prise de vues caméra à l’épaule, élément que l’on retrouve dans tous ses films suivants. Ces derniers n’ont fait que confirmer les talents de Lars von Trier, qui mérite d’être qualifié de très grand cinéaste, notamment au vu de ses derniers films, à commencer par Antichrist, bien plus subtil qu’il n’y paraît et bien meilleur que ce que beaucoup en disent, avec des avis le plus souvent biaisés par un blocage moral, qui est néanmoins compréhensible du fait de la noirceur du film. Ce dernier puis le très beau Melancholia ont été nourris par l’expérience dépressive de Lars von Trier qui ne fait qu’alors faire ce que nombre de grands artistes font : sublimer leurs tourments et leurs horreurs en créant des œuvres singulières. Ces impressions de jaillissement d’une émotion vraie, que ce soit la culpabilité, le sentiment de ne pas être en phase avec le monde, l’incompréhension dont témoigne autrui, se retrouvent dans la première partie du diptyque Nymphomaniac, la plus réussie des deux, avec une Charlotte Gainsbourg, muse du cinéaste, qui traduit admirablement ces sentiments, dans un film bien plus touchant et émouvant que provocant.

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