Les meilleurs films de 2016

Je vais m’essayer pour la deuxième fois à l’exercice périlleux du classement, celui des films qui m’ont le plus marqué au cours de l’année 2016. Je vais m’attarder sur une trentaine de films (onze de plus par rapport à mon classement des meilleurs films de 2015) mais sans les classer de manière claire, je m’explique : étant donné la difficulté et le caractère arbitraire de cet exercice, les films dont je vais parler ne seront pas classés de la première à la dernière place, ce qui est impossible à faire à mes yeux. Mon classement suit une hiérarchisation très souple, c’est-à-dire que les premiers films dont je vais parler sont probablement ceux qui m’ont le plus marqué mais au fond, chacun de ces films pourrait être classé, selon mes réévaluations et mon humeur du moment, cinq places plus haut ou cinq places plus bas. Les films dont je parle à la fin de l’article demeurent de bon films et, qui sait, peut-être que dans un an je considérerai, avec le recul, que certains mériteront de figurer un peu plus haut dans ce classement.

En cette année 2016, les duos et les couples ont envahi les écrans, il suffit de voir les images en illustration. Les histoires d’amour ont été toujours aussi nombreuses au cours de cette année, également  marquée  par des histoires mettant en scène le choc des caractères, et qui se dénouent de différentes manières, parfois dans un bain de sang. Il a aussi beaucoup été question des relations familiales, des liens entre générations, de l’adolescence aussi, avec de très bons récits d’apprentissage, de passage à l’âge adulte. A une échelle plus grande, on a pu voir des destins individuels mis en difficulté par leur propre communauté, qui tend à les exclure, à les marginaliser pour diverses raisons. Parfois la solidarité est carrément mise en péril, voire se rompt définitivement, ouvrant la voie à la guerre de tous contre tous, comme on a pu le voir dans quelques documentaires (moins nombreux comparé à l’année 2015, comme vous pourrez le constater dans mon précédent classement). Les personnages se trouvent alors en résistance par rapport à la marche actuelle du monde, à ses injonctions. Comment rester debout ? Comment ne pas devenir fou ? Comment ne pas faire preuve de brutalité, de cynisme, d’indifférence, dans des milieux où ces valeurs sont érigées comme principes d’action ? Malgré tout, au milieu de cet océan de problèmes surgissent quelques bribes de sens, de la beauté, ou bien des gestes héroïques ayant pour but de sauver ce qui peut encore l’être. Les déconvenues laissant place à de nouveaux espoirs, à une résilience salutaire. Continuer la lecture de Les meilleurs films de 2016

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L’Enlèvement de Michel Houellebecq (2014) de Guillaume Nicloux

Septembre 2011. Une rumeur agite les médias. Michel Houellebecq aurait été enlevé. N’ayant donné aucun signe de vie depuis une semaine, certains vont même jusqu’à soupçonner Al-Qaïda. Or il n’en est rien. L’écrivain français parmi les plus vendus au monde est finalement réapparu, après un voyage au cours duquel il s’était passé de tout lien téléphonique et numérique. Un peu plus et une alerte enlèvement aurait été déclenchée. Ce fait véritable inspira Guillaume Nicloux au point d’en faire un film, avec l’écrivain dans le rôle-titre ! Celui-ci se révèle être un excellent acteur, doté d’un grand potentiel comique, chose confirmée par sa prestation dans Near Death Experience de Gustave Kervern et Benoît Delépine, film dont les thèmes sont très proches des romans de l’écrivain, à savoir culte de la performance, misère affective, dépression, suicide, … On y voit un Michel Houellebecq à la dérive, en décalage avec les exigences contemporaines, s’enfuyant seul dans la montagne avec la ferme intention d’en finir.

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L’arbre, le maire et la médiathèque (1993) d’Eric Rohmer

Pour clore cette présidentielle 2017, voici un film qui n’a absolument rien perdu de sa pertinence. Avec cette histoire de jeune maire provincial aux dents longues voulant bâtir une médiathèque en dépit des critiques de ses administrés, Eric Rohmer semble avoir pris le contrepied de tous ceux qui l’avaient qualifié de cinéaste bourgeois. En effet, chez Rohmer on était habitué à voir des personnages, très CSP+ en général, en vacances le plus souvent, en pleine oisiveté estivale, bavardant pendant des heures d’une manière toute philosophique, au plus grand plaisir du spectateur. Le huis clos estival et sentimental cède ici la place à un film plus politique, plus ouvert sur l’extérieur, avec un véritable regard sur la société du début des années 1990, ce qui est assez neuf de la part de Rohmer.

Le plus troublant est de constater, 25 ans plus tard, soit une génération, que ce film contenait en germe tous les problèmes actuels : désertification des campagnes, opposition de plus en plus forte entre celles-ci et les grandes villes, lien social qui se distend, brouillage (mais pas disparition) du clivage gauche/droite, machiavélisme élyséen, médias qui font et défont les réputations, libre-échange et mondialisation, les ratés de la décentralisation ou l’encore trop grande centralisation, c’est selon, ou bien les dérives en matière d’aménagement du territoire. Bref on ne peut s’empêcher de faire un parallèle avec les problématiques actuelles.

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