Quelques bonnes scènes (03)

La Grande Bouffe (1973) de Marco Ferreri

Après les fêtes, il me paraissait tout naturel de commencer par un extrait de La Grande Bouffe, film de tous les excès, à l’immoralité revendiquée, et dans lequel une bande d’amis aisés se retrouve pour un « séminaire culinaire » comme le dit Philippe Noiret, qui se prénomme Philippe dans le film, car tous les acteurs s’appellent par leur vrai prénom, ce qui est assez troublant vu le sujet du film, on finit par se demander s’il n’y a pas une part de vécu là-dedans. On assiste alors à ce qu’on peut appeler un suicide gastronomique. Comme le disait Michel Piccoli à Cannes face aux caméras « Il y a des gens qui meurent de faim, et d’autres, de trop manger ». Enfermés qu’ils sont dans un manoir, les différents personnages dépérissent peu à peu, la gastronomie cédant la place à des éruptions scatologiques de plus en plus dégoûtantes, tout cela s’accompagnant  de comportements de plus en plus régressifs, comme dans la scène suivante où Michel Piccoli parle comme un petit enfant qu’on bichonne, tandis que Philippe Noiret, en bon juriste soucieux de la langue, écoutez sa diction, corrige les erreurs d’expressions des autres personnages. Enfin, si vous ne connaissiez pas la « purée médicale », c’est le moment de prendre des notes pour les prochaines fêtes. En bonus, je n’ai pas pu m’empêcher de rajouter cette musique récurrente et désespérante qui nous hante bien après le visionnage, ainsi qu’une réaction culte d’une spectatrice d’un certain âge…

The Act of Killing (2012) de Joshua Oppenheimer

Voici deux scènes issues de cet exceptionnel documentaire sur l’un des plus grands massacres politiques du XXème siècle et pourtant méconnu: l’élimination en Indonésie, en 1965-66 d’environ un million d’opposants jugés communistes, suite au coup d’Etat raté de ces mêmes communistes, qui furent ensuite traqués et éliminés méthodiquement par de tristes sires, qui se sont vus déléguer la besogne par le général Soeharto, qui devint par la suite président de la République et ce, jusqu’en 1998 !  En gros, c’est une sorte de contre-coup d’Etat à la Erdogan, mais puissance dix. Joshua Oppenheimer a filmé les individus qui ont jadis exécuté ces basses œuvres, et qui jouissent encore de nos jours d’une totale impunité, certains ont même des responsabilités politiques. Comme on peut le voir dans les deux scènes suivantes, ils sont même très fiers de pouvoir témoigner à visage découvert, notamment dans la deuxième scène, avec ce plateau TV surréaliste, avec pour public des miliciens en uniforme, prêts à refaire couler le sang si cela leur semble nécessaire. Pour plus d’informations sur ces faits, vous pouvez écouter l’émission La marche de l’histoire sur ce sujet (28mn), mais rien ne vaut le visionnage de ce film, ainsi que celui de The Look of Silence, le second film de Joshua Oppenheimer qui dorénavant, du fait des risques qu’il encoure, ne peut plus vraiment tourner d’autres films sur ce sujet.

https://www.franceinter.fr/emissions/la-marche-de-l-histoire/la-marche-de-l-histoire-09-fevrier-2016

Chantons sous la pluie (1952) de Stanley Donen et Gene Kelly

Une scène fameuse de cette immense comédie musicale, qu’il faut oser redécouvrir comme si c’était la première fois, à moins que vous ayez la chance de ne pas l’avoir encore découvert, vous serez alors frappés de voir que ce film à plutôt bien vieilli et qu’il conserve ce côté pétillant et généreux qui fait tout son charme, et ces couleurs éclatantes du Technicolor première version. Et puis c’est également l’occasion d’un hommage à Debbie Reynolds, décédée il y a quelques jours, mais qui immortalisa par cette scène sa bonne humeur matinale.

La Fille inconnue (2016) de Luc Dardenne et Jean-Pierre Dardenne

Une scène au réalisme brute, comme d’habitude chez les Dardenne. Une jeune médecin opiniâtre jouée avec beaucoup de talent par Adèle Haenel, et qui exerce dans un quartier difficile, s’en veut de ne pas avoir ouvert la porte de son cabinet à une femme qui sonna à sa porte après l’heure de fermeture, et qui fut retrouvée morte le lendemain. Afin de surmonter sa culpabilité, la jeune femme, dont on ne connait pas le nom, décide d’enquêter de son côté malgré les avertissements de la police. D’inquiétants individus cherchent alors à lui faire comprendre qu’elle se mêle d’affaires qui ne la regardent pas, la caméra embarquée sur le siège passager nous fait alors ressentir ce qu’elle éprouve.

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