Les meilleurs films de 2015

Je vais m’essayer à l’exercice périlleux du classement, celui des films qui m’ont le plus marqué durant cette riche année 2015. Je vais m’attarder sur une vingtaine de films mais sans les classer de manière claire, je m’explique : étant donné la difficulté et le caractère arbitraire de cet exercice, les films dont je vais parler ne seront pas classés de la première à la dernière place, ce qui est impossible à faire à mes yeux. Mon classement suivra donc une hiérarchisation très souple, c’est-à-dire que les premiers films dont je vais parler sont probablement ceux qui m’ont le plus marqué mais au fond, chacun de ces films pourrait être classé, selon mes réévaluations et mon humeur du moment, cinq places plus haut ou cinq places plus bas. Les films dont je parle à la fin de l’article demeurent de très bon films et, qui sait, peut-être que dans un an je considérerai, avec le recul, que certains mériteront de figurer un peu plus haut dans ce classement.

Durant cette année 2015, il a beaucoup été question de crises existentielles et des problèmes sentimentaux et relationnels entre les êtres. Le thème du triangle amoureux est encore inlassablement revisité et remis au goût du jour. Il a aussi beaucoup été question de mémoire, d’histoire et notamment de celle en train de s’écrire, avec pas mal de bons documentaires. Il a beaucoup été question des vicissitudes de notre univers contemporain, dans nos sociétés post- (mettez ce que vous voulez derrière). Il y a cependant une question qui traverse les époques : que faire de sa vigueur de jeunesse ? Les réponses à cette question sont diverses. Certains accomplissent de grandes choses tandis que d’autres mettent toute leur intelligence dans des projets aux conséquences désastreuses et jugés comme tels par les contemporains qui en sont victimes. Pour d’autres, enfin, et cela concerne peut-être la majorité des situations, les choses sont plus compliquées, plus nuancées. A partir de grands désastres peuvent naître de grandes espérances et engendrer, peut-être, une renaissance, un nouveau départ.

Trois souvenirs de ma jeunesse d’Arnaud Desplechin

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Voilà un film en tout point remarquable. Comme dans Jimmy P., précédent film d’Arnaud Desplechin, il est question de mémoire. Paul Dédalus, la cinquantaine, se remémore sa jeunesse dont il ne garde que quelques souvenirs marquants : une virée tumultueuse et initiatique dans l’Union soviétique finissante, une fille se prénommant Esther, et enfin l’accomplissement intellectuel qu’il a pu trouver dans ses études d’anthropologie et dans la carrière qu’il a menée par la suite. C’est un film très soigné, aussi bien sur la forme que sur le fond, avec des dialogues très fins, très littéraires, des acteurs formidables avec le toujours fidèle Mathieu Amalric, dont Arnaud Desplechin avait lancé véritablement la carrière en 1996 avec Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle), mais aussi avec les jeunes Quentin Dolmaire et Lou Roy-Lecollinet, qui jouent là leur premier rôle au cinéma, et fort bien.

Vers l’autre rive de Kiyoshi Kurosawa

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Un très beau film sur la disparition. Le cinéma a ceci de particulier qu’il permet de sublimer et d’améliorer les passages les plus difficiles de la réalité. Ici, un homme qui s’était suicidé, retourne chez lui et retrouve sa femme. Ce retour du défunt n’est cependant que temporaire, les aiguilles tournent, et il lui faudra alors rejoindre définitivement l’autre rive. Cette parenthèse, cette phase transitoire lui donne l’occasion de dire au revoir à sa femme comme il se doit, de rattraper ce qu’il n’avait pas pu faire avant son suicide. Quant à sa femme, elle découvrira des faces cachées de son mari, qu’elle n’avait pu déceler de son vivant.

Mia Madre de Nanni Moretti

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Encore un film sur la perte, d’une mère cette fois-ci. L’idée de ce film est directement inspirée de la disparition de la mère du cinéaste. Il y mêle des réflexions sur le travail de cinéaste et met en lumière, sublime, exorcise, comme nombre de grands artistes, ses expériences pénibles et ses propres tourments. Ma critique complète

A trois on y va de Jérôme Bonnell

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Vous allez dire : « Ah encore le thème classique du triangle amoureux. » Et bien non, car ce thème est ici réinvesti pour questionner l’évolution des rapports amoureux à notre époque, dans un film très vivifiant et porté par des acteurs plus que convaincants, avec notamment Anaïs Demoustier, qui excelle depuis des années dans ce genre de rôle. Il faut aussi mentionner Félix Moati, une révélation. Après avoir vu ce film, vous serez doté d’une nouvelle catégorie conceptuelle pour nommer cette relation amoureuse que beaucoup ont alors appelé « un trouple ».

L’ombre des femmes de Philippe Garrel

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Encore une formidable histoire de triangle amoureux, décidément. Philippe Garrel, toujours dans la lignée de la Nouvelle Vague, avec son habituel noir et blanc, nous offre là un petit bijou d’1h20, qui saisit très subtilement et avec quelques pointes d’humour les rapports et les sentiments que les personnages ont entre eux. Un couple de documentaristes-artistes fauchés (Nouvelle Vague oblige), joué par Clotilde Courau et Stanislas Merhar, est troublé quand ce dernier s’engage dans une relation clandestine avec une jeune archiviste de films, jouée par Lena Paugam. Dans ce film, la figure masculine en prend un coup, avec un Stanislas Merhar buté, lâche, taciturne et puéril dans ses réactions aux remarques de sa compagne.

Dheepan de Jacques Audiard

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Un film qui a une résonance particulière au vu de l’actualité, même si ce n’était pas la volonté de Jacques Audiard au départ. Ce film nous montre le parcours de Dheepan, un migrant d’origine sri-lankaise, qui a combattu dans la rébellion des « Tigres tamouls », et qui arrive en France, vivant dans un premier temps d’expédients de type vente à la sauvette, avant d’échouer dans un de ces territoires perdus de la République, dans une enclave à la périphérie de Paris, gangrenée par les gangs et les trafics en tout genre. Bref une véritable zone de non-droit. Dheepan essaie d’être neutre au milieu de tout ça et fait profil bas, seulement voilà, les tensions entre bandes rivales sont de plus en plus fortes et la position d’équilibriste de Dheepan devient de plus en plus difficile à tenir.

Le Fils de Saul de László Nemes

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László Nemes vient apporter une nouvelle pierre au panthéon des films sur la Shoah, avec une œuvre qui nous plonge directement au cœur des chambres à gaz, ce qui est quand on y réfléchit bien sacrément audacieux… et risqué. Malgré les hurlements de certains, ce film a été globalement bien reçu et à juste titre, car ce film réussit à marquer les consciences et à nous immerger dans l’enfer alors qu’il nous en montre le moins possible. Ma critique complète

Comme un avion de Bruno Podalydès

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Un infographiste rêveur à ses heures nous fait une gentille crise de la cinquantaine. Joué par Bruno Podalydès, ce passionné d’aéropostale se trouve soudain une tout autre obsession : le kayak. Il décide alors de prendre quelques jours de congés pour satisfaire le petit enfant qui est en lui et qui n’a jamais renoncé à ses rêves. Il passe alors à l’action et décide de naviguer sur une petite rivière… jusqu’à la mer selon ses dires. Sa femme, jouée par Sandrine Kiberlain, est assez compréhensive et le laisse faire son petit délire. Seulement voilà, après quelques kilomètres de navigation, il tombe sur un endroit sacrément apaisant, une petite auberge perdue dans la campagne, hors du temps, avec des gens forts sympathiques. Il est alors difficile pour lui de quitter ce doux moment d’évasion et de reprendre l’eau à bord de son kayak.

Eau argentée d’Ossama Mohammed et Wiam Simav Bedirxan

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Un documentaire terrifiant qui nous plonge au cœur de l’enfer syrien. Le documentariste, qui s’est exilé en Europe, a monté ce documentaire à partir d’images prises par une femme piégée lors du siège de Homs. Pour ne pas éluder la réalité de la situation en Syrie, le documentariste a fait le choix de montrer des images très dérangeantes car très violentes : la répression sanglante au début de la révolution, des images de torture prises par des geôliers, les dangereux combats urbains dans les ruines où la mort vient faucher civils ou rebelles à chaque coin de rue, mais aussi les images d’un très jeune orphelin, déambulant au milieu des ruines, où se trouvent des chats sans poils, brûlés vifs par les bombardements et miaulant vainement. Il est ici question de la destruction d’un pays tout entier.

Birdman d’Alejandro González Iñárritu

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Iñárritu, qui avait l’habitude de faire des films profondément dramatiques, voire dépressifs, s’essaie à la comédie en ayant dans son viseur les blockbusters type Transformers ou Iron Man, et c’est une grande réussite. Le personnage joué par Michael Keaton est une ancienne star de blockbuster, qui souhaite justement se débarrasser de cette image. Il veut se donner une stature d’auteur en mettant en scène une pièce de théâtre à Broadway. Il tente alors de diriger un comédien turbulent joué par Edward Norton, qui se prend pour Marlon Brando, tout en composant avec sa fille, qu’il n’a guère vu grandir et appris à connaître. Il est également guetté par la critique qui l’attend au tournant pour l’étriller, quand il n’est pas dérangé par son surmoi d’ancienne star de pompes à fric, avec cette voix intérieure qui le rappelle sans cesse à ses origines.

The Look of Silence de Joshua Oppenheimer

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Joshua Oppenheimer, après le très dérangeant The Act of Killing, continue de mettre en lumière un des plus grands massacres politiques du XXème siècle et pourtant méconnu : l’élimination en Indonésie, en 1965-66, d’environ un million d’opposants jugés communistes, suite au coup d’Etat raté de ces mêmes communistes, qui furent ensuite traqués et éliminés méthodiquement par de tristes sires, interrogés des décennies plus tard par un ophtalmologue qui est également le frère d’une des victimes de cette épuration. Le documentariste reprend le même procédé que dans son précédent film, en filmant les témoignages des bourreaux, qui se confient sans vergogne. Toutefois, à la différence de The Act of Killing, il filme également les victimes, qui peinent parfois à se confier, car les personnes ayant commandité et exécuté ces basses œuvres jouissent encore de nos jours d’une totale impunité. Certains ont même des responsabilités politiques. Ils débitent alors les même arguments que n’importe quel autre criminel de masse du XXème siècle : « oui mais il fallait exécuter les ordres de la hiérarchie », « c’était eux ou nous », « ces éliminations sont légitimes vu le contexte mondial et la politique d’endiguement du communisme menée par les Etats-Unis », et bien évidemment on a aussi les classiques arguments négationnistes. Cette œuvre permet ainsi de maintenir la mémoire de ce massacre, d’éviter qu’il ne tombe dans l’oubli car si c’était le cas, les bourreaux seraient doublement victorieux.

Inherent Vice de Paul Thomas Anderson

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L’excellent Joaquin Phoenix offre, comme dans The Master, le précédent film de Paul Thomas Anderson, une très bonne prestation. Il est méconnaissable dans le rôle de ce hippie détective privé, pris dans une affaire terriblement confuse pour lui-même et pour le spectateur. Il doit alors composer avec une galerie de personnages hauts en couleurs, que ce soit un flic quelque peu fascisant, joué par Josh Brolin, ou bien un dentiste cocaïnomane. Ce film dépeint en arrière-fond le crépuscule du mouvement hippie au tournant des années 1970. Ronald Reagan gouverne alors la Californie et les vieux idéaux utopiques ont laissé place à l’argent-roi.

Taxi Téhéran de Jafar Panahi

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Un film entre fiction et réalité, tourné clandestinement dans la capitale iranienne par Jafar Panahi, qui fait pourtant l’objet depuis 2010 d’une interdiction de filmer. Pour contourner cela, il a caché une petite camera près du pare-brise du taxi qu’il conduit, filmant ainsi ses discussions avec les passagers qu’il ramasse. Bien évidemment, vu sa notoriété, le subterfuge ne tient pas longtemps, ce qui n’empêche pas les passagers de se confier à lui, dans une ambiance plutôt cordiale. Au bout d’un moment on soupçonne une forme de scénarisation et de complicité avec certains passagers, on ne sait plus alors ce qui relève du documentaire ou de la fiction pure et simple. C’est dans ce taxi, dans cet espace confiné que les gens se sentent le plus libre de s’exprimer et de critiquer le régime des Mollahs. Les discussions avec les différents passagers forment des sortes de petits épisodes mis bout-à-bout, formant au final un véritable tableau de la société iranienne de nos jours. Une société qui, malgré la chape de plomb maintenue par le pouvoir, est une société bien plus libérée et joyeuse que ce qu’on peut en penser au premier abord.

Knight of Cups de Terrence Malick

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Terrence Malick, voyant peut-être le peu de temps qui lui reste, a accéléré ces dernières années son activité créatrice, lui qui a mis trente ans pour réaliser ses trois premiers films. Cela n’a pas affecté négativement la qualité de son œuvre, du moins pour l’instant, bien que l’on constate que ses derniers films sont plus déstructurés, plus expérimentaux que ses premiers, ce que certains ont pu voir comme une baisse de qualité et de talent. Mais il y a une chose que Terrence Malick n’a pas modifiée, c’est la profondeur, la dimension spirituelle et philosophique de ses films. Dans Knight of Cups, un scénariste hollywoodien, joué par Christian Bale, est en pleine crise existentielle. Il s’interroge sur lui-même tout en étant hanté par la voix de son père qui lui racontait durant son enfance une histoire biblique : un prince, voué à un avenir assez confortable et glorieux s’est – pour aller vite – reposé sur ses lauriers, préférant se vautrer dans l’opulence, la boisson et la frivolité, entrant alors dans une grande torpeur. C’est à peu près la situation de ce scénariste, souffrant d’un grand sentiment de vide et de perte de sens. Il s’interroge sur la futilité et la vacuité de la prétendue machine à rêves hollywoodienne, en nous en montrant l’envers. L’errance de cet individu fait écho à cette difficile recherche de sens. Ce vagabondage permanent est souligné par une musique fort bien choisie, qui donne un certain rythme à ce film dont les scènes se déroulent le plus souvent dans des appartements très épurés, peut-être synonymes de ce vide, où alors au contraire dans des décors kitschs et exubérants dans les moments de démesure. Bref, il y a un grand travail de recherche formelle dans ce film où Terrence Malick assume pleinement son parti pris expérimental.

Une jeunesse allemande de Jean-Gabriel Périot

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Ce documentaire retrace le parcours de ces étudiants en cinéma et aux beaux-arts qui, au milieu des années 1960, militèrent pour la cause marxiste par le cinéma, par les images. Déçus de l’absence d’impact véritable sur les masses, ils en ont déduit que les images ne pouvaient pas engendrer, susciter la révolution et donc la liquidation de l’ancien monde qu’ils abhorraient. Ils poussèrent alors le curseur beaucoup plus loin et entrèrent dans la clandestinité, au sein de la Fraction Armée Rouge, en menant des actions terroristes qui secouèrent la RFA pendant plus d’une décennie. Basé sur des images d’archives fort bien choisies et fort bien agencées les unes par rapport aux autres, comme un film de propagande où le montage est crucial, ce documentaire montre notamment les interventions télévisées très volubiles et argumentées de ces jeunes gens qui ont si rapidement basculé dans la radicalité politique la plus extrême. A les entendre, on ne peut pas s’empêcher de penser que c’était quand même un discours d’une tout autre facture que le discours simplificateur, bas-de-plafond et faussement savant des terroristes qui nous ensanglantent actuellement. Mais comme les terroristes d’aujourd’hui, ceux de « la bande à Baader » ont échoué car leurs actions radicales n’ont pas mené à une adhésion des masses à leur idéologie. Bien au contraire, ils se sont condamnés, n’ayant que pour seule perspective la mort.

L’homme irrationnel de Woody Allen

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Encore un très bon cru de Woody Allen. Un prof de philo dépressif, en pleine crise existentielle, reprend goût à la vie quand il décide de planifier un meurtre pour réparer une décision injuste faite par un juge un peu trop partial. Il développe alors un raisonnement très rationnel pour justifier l’acte qu’il souhaite commettre. Woody Allen atteint ici le comble du cynisme, dans un film un peu plus noir qu’habituellement, se rapprochant quelque peu de ses excellents Match Point et Crimes et Délits. Ce prof vient bousculer ce monde universitaire petit-bourgeois, permettant par là même au personnage joué par Emma Stone, nouvelle muse de Woody Allen, de s’échapper de sa relation ennuyeuse et un peu étriquée avec son petit ami, dont l’avenir est tracé d’avance, fermant de manière désespérante le champ des possibles.

Marguerite de Xavier Giannoli

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Un film drôle et très soigné dans lequel Catherine Frot incarne à merveille cette cantatrice qui, au lendemain de la Première Guerre mondiale, chante devant un public privé dans la maison qu’elle partage avec son mari, un bourgeois ayant fait fortune durant la guerre. Cette cantatrice à la particularité de chanter comme une gourde, mais elle s’avère aussi très riche, suscitant autour d’elle un effet de cour des plus délirants, avec tout ce que cela comporte de ridicule : tous ces bourgeois et même son mari qui se sentent alors obligés de la couvrir de louange pour obtenir ses faveurs. Seulement voilà, en faisant cela, ils la maintiennent dans l’illusion car elle croit très sincèrement qu’elle a un formidable talent. Elle souhaite même se produire en ville devant un vrai public. Flairant là un moyen de « choquer le bourgeois » avec un coup bien médiatisé, des dadaïstes vont l’encourager dans son entreprise. Elle sera également accompagnée par un professeur de chant joué par le très bon Michel Fau. Ce film est surtout le magnifique portrait d’une femme qui aime sincèrement la musique et le chant, et qui fait alors preuve de cette extraordinaire bonne volonté qui caractérise n’importe quel passionné, dans n’importe quel domaine, même si le talent réel est absent.

Citizenfour de Laura Poitras

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Ce documentaire revient sur les révélations faites par Edward Snowden. La réalisatrice filme ce dernier lors de sa rencontre avec Glenn Greenwald, le journaliste d’investigation qui contribua à révéler l’ampleur de la surveillance de masse mise en place par la NSA. Tout cela a des airs de huis clos, Edward Snowden étant trimbalé d’une chambre d’hôtel à une autre. Le spectateur est alors conscient d’assister à un événement important, en particulier lors des scènes où Edward Snowden assiste, devant la télé de sa chambre et devant son ordinateur portable, au retentissement mondial des révélations qu’il vient de faire. C’est le moment de vérité. On peut alors mesurer le courage de ce lanceur d’alerte, parfaitement conscient qu’il vient tout juste de tourner une page de sa vie, sans possibilité de faire marche arrière.

Journal d’une femme de chambre de Benoît Jacquot

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Une nouvelle adaptation du roman d’Octave Mirbeau, portée par d’excellents acteurs, avec Léa Seydoux dans le rôle de la femme de chambre, et Vincent Lindon qui incarne un jardinier taciturne et antidreyfusard. Car il faut noter que, comme dans Les Adieux à la reine où il était question des débuts de la Révolution française, Benoît Jacquot excelle pour ce qui est de restituer l’atmosphère sociale et politique d’une période historique particulière, tout en dépeignant, de manière intimiste, la violence sociale latente qui est à l’œuvre entre ces bourgeois de province et ceux qui les servent.

Francofonia, le Louvre sous l’Occupation d’Alexandre Sokourov

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Dans ce film hybride mêlant images documentaires et images de fiction, Alexandre Sokourov déclare son amour pour l’Europe et sa culture, mais surtout pour la France, en traitant paradoxalement d’une période sombre pour l’un des plus éminents lieux de conservation de cette culture, à savoir le Louvre. Les grandes légendes ne sont alors, sous l’occupation allemande, plus qu’une simple manifestation d’une France et d’une Europe ayant connu de meilleurs jours : Marianne et Napoléon errent dans un Louvre vidé de ses visiteurs et peinent à réveiller la France de sa torpeur collaborationniste. Pourtant, le conservateur du Louvre et un comte allemand spécialiste d’art censé représenter l’Allemagne nazie vont tenter de retarder et même d’éviter une mise en coupe réglée pure et simple du Louvre au service de l’idéologie nazie. Ma critique complète

Les Deux Amis de Louis Garrel

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Sans développer davantage, je tiens à signaler le premier film de Louis Garrel, fils de Philippe Garrel. Les Deux Amis est une comédie dramatique très réussie et très agréable où, malgré l’irruption d’un personnage féminin joué par Golshifteh Farahani, il est au final surtout question de l’amitié masculine, celle entre les personnages joués par les très talentueux et très prometteurs Louis Garrel et Vincent Macaigne.

Le dernier jour d’Yitzhak Rabin d’Amos Gitaï

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Là aussi sans trop développer, je souhaite pour finir signaler un documentaire de très belle facture, réalisé par un Amos Gitaï qui ne cache pas son engagement politique en faveur de la paix entre Israéliens et Palestiniens. Il avait beaucoup espéré que celle-ci advienne grâce à l’action courageuse d’Yitzhak Rabin. Celui-ci a finalement été abattu par un extrémiste juif, dans un contexte de montée de la violence politique au cours de la bouillonnante campagne contre les accords d’Oslo, qui sont en Israël symbolisés en la personne d’Yitzhak Rabin. Cette violence à alors atteint son acmé lors de cette soirée du 4 novembre 1995. Amos Gitaï à intégré dans ce docu-fiction des interviews, notamment celle de Shimon Peres qui ouvre le film, mais aussi des scènes de fiction qui reconstituent et comblent les manques en images d’archives. Le cinéaste essaie alors d’aborder cet événement sous toutes ses dimensions et de montrer à quel point la situation s’est putréfiée par la suite, avec une sorte de statu quo que la droite israélienne a entretenu sciemment.

Mon classement des meilleurs films de 2016

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