Dancer in the Dark (2000) de Lars von Trier

L’enfer c’est les autres. Voilà qui peut résumer, en très peu de mots, Dancer in the Dark, film dans lequel un personnage atypique doit faire face à la société, qui finit par le rejeter, le broyer, comme le personnage principal de Breaking the waves (1996) dont les mœurs ne cadraient pas avec le puritanisme écossais, ou comme les hurluberlus des Idiots (1998), gens à la base parfaitement sensés et éduqués, mais qui ont pris la décision de se comporter délibérément comme des malades mentaux, pour mieux cracher à la figure de cette société qui ne prend pas en compte leur particularité. Lars von Trier a tourné Dancer in the Dark deux ans après ce dernier film, qui suivait à la lettre les dix commandements du Dogme95, un manifeste qui prônait un retour à une certaine pureté cinématographique, éloignée des artifices du cinéma commercial, et dont le cinéaste était l’un des artisans avec Thomas Vinterberg qui lui, réalisa l’excellent Festen (1998). Dancer in the Dark s’éloigne de ce manifeste même s’il en garde certains éléments, notamment le côté naturaliste, accentué par les mouvements de l’image dus à la prise de vues caméra à l’épaule, élément que l’on retrouve dans tous ses films suivants. Ces derniers n’ont fait que confirmer les talents de Lars von Trier, qui mérite d’être qualifié de très grand cinéaste, notamment au vu de ses derniers films, à commencer par Antichrist, bien plus subtil qu’il n’y paraît et bien meilleur que ce que beaucoup en disent, avec des avis le plus souvent biaisés par un blocage moral, qui est néanmoins compréhensible du fait de la noirceur du film. Ce dernier puis le très beau Melancholia ont été nourris par l’expérience dépressive de Lars von Trier, qui ne fait alors que faire ce que nombre de grands artistes font : sublimer leurs tourments et leurs horreurs en créant des œuvres singulières. Ces impressions de jaillissement d’une émotion vraie, que ce soit la culpabilité, le sentiment de ne pas être en phase avec le monde, l’incompréhension dont témoigne autrui, se retrouvent dans la première partie du diptyque Nymphomaniac, la plus réussie des deux, avec une Charlotte Gainsbourg, muse du cinéaste, qui traduit admirablement ces sentiments, dans un film bien plus touchant et émouvant que provocant.

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Les meilleurs films de 2015

Je vais m’essayer à l’exercice périlleux du classement, celui des films qui m’ont le plus marqué durant cette riche année 2015. Je vais m’attarder sur une vingtaine de films mais sans les classer de manière claire, je m’explique : étant donné la difficulté et le caractère arbitraire de cet exercice, les films dont je vais parler ne seront pas classés de la première à la dernière place, ce qui est impossible à faire à mes yeux. Mon classement suivra donc une hiérarchisation très souple, c’est-à-dire que les premiers films dont je vais parler sont probablement ceux qui m’ont le plus marqué mais au fond, chacun de ces films pourrait être classé, selon mes réévaluations et mon humeur du moment, cinq places plus haut ou cinq places plus bas. Les films dont je parle à la fin de l’article demeurent de très bon films et, qui sait, peut-être que dans un an je considérerai, avec le recul, que certains mériteront de figurer un peu plus haut dans ce classement.

Durant cette année 2015, il a beaucoup été question de crises existentielles et des problèmes sentimentaux et relationnels entre les êtres. Le thème du triangle amoureux est encore inlassablement revisité et remis au goût du jour. Il a aussi beaucoup été question de mémoire, d’histoire et notamment de celle en train de s’écrire, avec pas mal de bons documentaires. Il a beaucoup été question des vicissitudes de notre univers contemporain, dans nos sociétés post- (mettez ce que vous voulez derrière). Il y a cependant une question qui traverse les époques : que faire de sa vigueur de jeunesse ? Les réponses à cette question sont diverses. Certains accomplissent de grandes choses tandis que d’autres mettent toute leur intelligence dans des projets aux conséquences désastreuses et jugés comme tels par les contemporains qui en sont victimes. Pour d’autres, enfin, et cela concerne peut-être la majorité des situations, les choses sont plus compliquées, plus nuancées. A partir de grands désastres peuvent naître de grandes espérances et engendrer, peut-être, une renaissance, un nouveau départ.

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